La huitième et dernière saison de la série "The Shield" vient de se terminer sur Canal, et on avait là une bonne grosse série! Une bonne série à la mise en scène agitée, mouvementée, souvent caméra à l'épaule, vivante, usant de plans serrés, de zooms rapides. Autant dire que ça bouge, ce qui nous plonge directement au coeur de l'action lorsqu'il s'agit de suivre les protagonistes dans les interventions les plus musclées, dans les quartiers chauds de Los Angeles. Cela accompagne le réalisme extreme voulu. On est à LA, avec une brigade de la police impliquées dans d'obscures affaires avec les gangs hispaniques, arméniens, afro-américains qui sont les alter-egos des gangs réels qui gangrènent la mégalopole californienne.

Je ne rentrerai pas trop dans les détails pour ne pas "spoiler" l'intrigue. Sachez que l'action suit ainsi Vic Mackey et ses trois acolytes de la Brigade de Choc d'un quartier de LA. Et tout au long des saisons, on est témoin des activités et des agissements pas toujours réglos des membres de la team empêtrés dans des affaires de corruption, de drogue, d'arrestations musclées, tout cela usant de la protection ou de l'impunité que leur offre leur plaque de flic, le fameux "shield" (bouclier). On notera alors que l'inspiration de la série réside dans une affaire très réelle celle-ci qui a secoué la police de Los Angeles, l'affaire du "Rampart", du nom de la division du LAPD qui fut au coeur d'un énorme scandale dans les années 90. Le réalisme de la mise en scène, de la vie des rues telle que dépeinte, des méthodes empruntées au "Rampart", des scenarii et des intrigues (parfois très complexes) tout cela constitue déjà un terreau fertile pour une bonne série. Il suffit d'ajouter maintenant des acteurs ultra convaincants pour peaufiner l'oeuvre.

Car on retrouve dans ce "show", comme on dit au US pour parler d'une série, tout d'abord l'acteur Michael Chiklis et son crane totalement chauve. Il incarne à la perfection Vic, une vraie bête, trapue, genre rugbyman, à l'expression déterminée, à l'esprit particulièrement aiguisé, qui est le cerveau de la Brigade de Choc. Il n'a pas son pareil pour mentir avec conviction, pour manipuler les gens, ses amis comme ses ennemis, pour monter les gangs les uns contre les autres pour empocher au passage quelques beaux dollars. Il est également l'image même de la complexité humaine, loin des stéréotypes tout noir ou tout blanc que l'on voit souvent au ciné ou à la télé ricaine. Ses méthodes sont certainement discutables, mais son fils autiste, et le reste de sa famille sont les choses les plus importantes pour lui, il est prêt à tout pour les protéger. Lorsqu'il les retrouve, même s'il a du mal parfois à laisser à la porte ses problèmes et son attitude de bulldog, il montre son coté humain et aimant, son coté bon père de famille. Comme une sorte de super héros sans masque (il joue aussi d'ailleurs dans "Les 4 Fantastiques"!!), il disparait ensuite dans les rues de LA pour faire appliquer une justice anti-criminelle qui ne s'embarrasse pas forcément de bureaucratie ou de morale. Ses actions et accomplissements en tant que flic font dès lors souvent monter le score de réussite de résolution d'enquête du Bercail, mais parfois le prix est fort.

Autour de Chiklis, une belle brochette d'acteurs plus ou moins connus, avec d'abord les trois autres membres de la Brigade: Walton Goggins alias Shane, Kenneth Johnson alias Lem et David Rees Snell alias Ronnie. Chacun sa personnalité, chacun sa destinée au sein de la série, et tout au long de celle-ci une amitié profonde qui sera souvent mise à mal, qui sera poussée à la limite de la rupture par le lourd poids de la culpabilité et des agissements de l'équipe. Tentant de maitriser tout ça, l'excellente CCH Pounder alias le Capitaine Claudette Wyms, qu'on avait déjà vue dans Urgences ou X-files. Une femme dans un milieu dur, qui n'est d'ailleurs pas la seule puisque quelques autres personnages féminins forts occupent l'écran. On citera ainsi, en premier guest, Glenn Close qui officiera pendant une saison, dans le rôle du capitaine du commissariat. Une femme de poigne. Autre guest, l'énorme (par le talent, hein!) et impressionnant Forrest Whitaker. Il incarne dans les saisons 5 et 6 un inspecteur de la "police des polices" qui enquête sur Vic et la Brigade de Choc. Un inspecteur intelligent, véritable morpion sur les traces des exactions de la team, tentant par tous les moyens de coincer Mackey & co.

Plongeant le spectateur dans la chaleur multiraciale des rues parfois très mal famées de LA, avec un réalisme et complexité rarement égalés, The Shield est définitivement, à mon avis, une des meilleures séries du genre de ces années 2000. La forme peut surprendre, voire dérouter. Comme souvent, la vision d'un ou deux épisodes n'est pas suffisante pour saisir l'intérêt d'un show de ce type. Je conseille, en cas de doute, de laisser un peu de temps pour que la série fasse son effet. Et dès lors l'accoutumance vous mènera jusqu'à donc cette ultime huitième saison dont le final, quand on a traversé les différentes péripéties avec la team et suivi l'évolution des différents personnages, vous laissera scotché sur votre canapé, comme souvent à la fin de chacun des épisodes.

Pour en savoir plus (attention spoiler!) voir la page wikipedia ou le site officiel.