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Suite du billet du 14 juin 2014...car j'en ai pas encore fini avec les trucs qui énervent!

La contre-info: au regard de ce qui précède, il devient de plus en plus clair qu'il serait peu prudent de confier ses sources d'information aux chaines d'informations, ou plus généralement à ce qu'on nomme les médias "mainstream". C'est dans cette brèche de l'incertitude et du doute que se sont engouffrés de nouveaux acteurs de l'info qui revendiquent la livraison de la seule vraie info indépendante, celle qui n'est justement pas diffusée par les canaux traditionnelles. Ici c'est "ce que les médias ne disent pas", ou "non-vu à la télé" pour vendre. Surfant donc sur cette méfiance vis-à-vis des plus grands, tout et n'importe quoi devient accessible sur des sites pas pour autant plus performants ou plus intègres. Sous couvert de dénoncer une pseudo manipulation de la vérité par des médias acquis à toutes sortes de causes plus ou moins loufoques (selon eux), ces nouveaux acteurs peuvent user et abuser de manipulations parfois tout aussi grossières et grotesques, faisant passer leur vérité qui n'est toujours pas La Vérité. C'est surtout vrai dans les camps des extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche, qui n'hésitent pas à manipuler des situations banales pour en faire des cas de flagrants délits au service de leur démonstration du "tous pourris" et ainsi penser rameuter les anti et les déçus du système. Les "abonnés" de ces diffuseurs alternatifs se rendent-ils alors compte qu'ils sont là encore victimes de manipulation alors qu'ils les rejoignent pour en fuir d'autres (avérées ou imaginaires).

La Guerre du Clic: dans la jungle des sites d'info, vitrines en ligne des acteurs papiers ou véritable presse du net, et plus généralement dans la jungle des sites devant générer du cash, il y a des gratuits et les payants. Les payants doivent attirer les abonnés et les maintenir. Là peuvent se trouver des analyses et des intervenants plus posées car le financement est pré-établi. Les gratuits doivent non seulement attirer les lecteurs, mais les attirer le plus souvent possible, et du succès de cette attraction dépend finalement le retour financier. Celui-ci se fait via la publicité. On voit ainsi naitre de véritables stratégies machiavéliques pour attirer le poisson et le faire cliquer sur le titre d'une news ou d'un article pour générer du trafic et ainsi vendre à des annonceur des espaces pub censés être rentables. Peu importe au final si la pub est vue ou pas, du moment que la page est affichée l'objectif est pratiquement atteint. Et quelques recettes bien rodées sont apparues pour générer l’intérêt de lecture, et le renouveler. Pourquoi croyez vous justement que fleurissent sur de plus en plus de sites des listes du genre "les 10 bonnes façons de tromper son mari sans se faire prendre" ou "les 5 meilleurs films de l'année" ou encore "les 10 news qu'il ne fallait pas manquer"? Ce genre de titres est un appât à clics. On peut combiner ensuite avec des sujets à fort pouvoir attractifs : le sexe, le people, le fric, le clash (voir plus haut). Ou encore valider tout ceci par la promesse de résultats d'une nouvelle étude scientifique. On secoue bien et on pourrait obtenir un truc du style "les 5 études prouvant le lien entre sexe et argent". Avec ça vous avez toutes les chances d'avoir du trafic. Ensuite l'article ou la news finit en noeud de boudin et n'apporte pas grand chose (vous êtes-vous senti un peu déçu après avoir lu ce genre d'article?). Un autre cas bien établi aussi est celui de l'article à sensation, qui n'a de sensationnel que le titre. Très utilisé en collaboration avec l'entretien de la peur. Peur de l'avion par exemple. Il suffit de constater, après un incident aérien plus ou moins grave, le nombre d'articles ou de news rapportant la prétendue "frousse de leur vie" des passagers d'un vol, si possible Air France, pour se demander s'il n'y a pas un peu abus quelque part. Si on est un tant soit peu au fait de la chose aéronautique, pour rester dans le domaine, on se rend très très vite compte que c'est souvent du gros pipeau qu'on nous sert. A grand renfort de "micro trottoir" sans intérêt (c'est bien connu le passager est expert en sécurité aéronautique, surtout celui qui vous parlera de "la frousse de sa vie"... ), on nous fait gober n'importe quoi. Qu'en est-il des mêmes genres de sujets sur le domaine médical, juridique, policier ou autre? Ca laisse dubitatif... Cette guerre du clic, ou la recherche du trafic au détriment de l'info, est une calamité.

Détournement de l'attention: Une calamité dans le sens où ce ne sont certainement pas les informations les plus importantes, les plus pertinentes qui génèrent le plus de trafic, et donc sont les plus partagées. Non c'est l'inverse. Et dans ce brouhaha infernal se perd l’intérêt. Et l'on apprend un peu plus tard que pendant qu'on s'énervait après l'expulsion d'un sans-papier ou qu'on s'émerveillait de la n-ième vidéo de chat kawai, se passait dans le monde un évènement tragique ou heureux d'une importance sans commune mesure avec ce qui précède. Ou alors bien plus près de nous, qu'une loi poussée par un quelconque lobby était votée dans l'indifférence totale alors qu'elle aura une portée réelle, dans nos vraies vies, qu'on ne soupçonne même pas. Le détournement de l'attention est à la fois entretenu par les différents médias et par l'auditoire lui-même. D'autant plus aujourd'hui où le partage via réseau sociaux représente une voix parallèle d'information par rapport aux médias traditionnels. Se tenir informé des autres choses qui constituent le monde, au-delà des sujets attrape-clics ou polémiques, relève de l'effort parfois surhumain. On doit lutter contre notre propre appétit pour la nouveauté et contre notre sectarisme.

Cloisonnement: par la constitution de communautés virtuelles via les réseaux sociaux, basées sur le partage à l'intérieur de cercles unifiés autour de centres d’intérêts communs, on assiste à un cloisonnement des idées et des pensées. Il serait ainsi de moins en moins possible de pouvoir échanger des idées contradictoires puisque par essence les cercles de discussions se fondent sur l'adhésion à une idée en particulier. Prenons l'exemple d'un cercle d'amis, via Facebook, liés par l'amour qu'ils portent à la pomme de terre. Dans ce cercle d'amis s'échangeront de multiples informations, photos, études, vidéos qui seront à la gloire de la pomme de terre, ou au contraire destinés à fermement critiquer, descendre, railler les fans de la carotte (ou des pâtes). Qu'il advienne, idée saugrenue, qu'un adepte de la carotte propose de discourir des bienfaits de ce légume dans le cercle d'amis des patates sus-cité et c'est un véritable lynchage virtuel (avec parfois des répercussions réelles) auquel on assisterait. Par le groupe et pour le groupe, les intervenants se lâchent et n'entendent aucune contradiction. Aucun dialogue n'est possible, si jamais il devait même pouvoir germer. Car le resserrement des oeuillères s'opère par le resserrement des communautés. Hier c'était les amoureux de la pomme de terre, demain ce seront les amoureux de la pomme de terre nouvelle du sud-est du département. Et comme de plus en plus d'échanges s'opèrent via ces groupes, au détriment des médias plus "généralistes", auxquels de toute façon on ne prête plus aucun crédit vue la façon qu'ils ont de traiter de la pomme de terre, on finit par une "abrutisation" et une discrimination généralisée. Et cela de façon totalement progressive et volontaire. Nous sommes les victimes de nos pulsions pour la ressemblance et la nouveauté.

News addicts: les réseaux sociaux tels que Facebook ne fonctionnent que par le renouvellement permanent. Renouvellement de l'outil (ce que Facebook met à notre disposition pour partager mieux par exemple) et renouvellement du contenu. Le fil d'actu est le centre du système dont l'unique but est d'être en perpétuel mouvement pour susciter le besoin d'y revenir. Combien de fois par jour cliquez-vous sur ce logo facebook pour mettre à jour cette page? Combien de fois par heure, même? Ca devient compulsif, de la même manière qu'on scrute sans cesse ce coin inférieur droit de l'écran pour vérifier si on a reçu un email, ou qu'on check son portable de peur d'avoir loupé un message. C'est la drogue de la nouveauté. La pub joue sur ce ressort en permanence, nous présentant toujours la dernière version d'un n-ième modèle de voiture, ou la nouvelle lessive "qui lave plus blanc que blanc". Mais dans le cas des réseaux sociaux et au-délà, des sites de news, on est acteur-réalisateur même de notre propre addiction. On va augmenter son réseau pour avoir plus de mises à jour, plus de statuts d'untel ou untel en train de partager la photo de son assiette ou de ses orteils à la plage (on revient au narcissisme évoqué plus tôt). Quel est donc l’intérêt? Dans le flux infini et ininterrompu de ces informations tantôt inutiles, tantôt débiles, tantôt extrémistes, tantôt totalement fausses se noient de vraies pépites et notre temps libre, notre jugement et nos idéaux. Tout n'est pas noir et tout n'est pas blanc évidemment, mais notre capacité à voir le gris avec toutes ses nuances diminue. Mais surtout, nous passons probablement de plus en plus à coté de toutes les autres couleurs.