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Une fois n'est pas coutume, on va s'écarter un peu des discussions aéro et ciné... Car des fois y a des trucs qui énervent!

L'envahissement actuel de nos cerveaux par des bruits parasites ne cessent apparemment pas de prendre de l'ampleur. Depuis quelques années, probablement entre 5 et 10 ans, notre capacité à nous concentrer, à penser, à s'intéresser est polluée par de multiples choses dont l'intérêt est parfois inversement proportionnel à leur diffusion. L'avènement d'internet, mais surtout son détournement par des sites dits d'informations, ou de "tendances", ou d’agrégations, ou encore de buzz fonctionnant via la pub, y est pour beaucoup. On peut également incriminer les chaines d'informations en continu, et une partie des journalistes oeuvrants sur ces chaines ou ailleurs.

Ainsi, de nos jours, tout doit aller vite et être percutant. Le vocabulaire est en relation avec ces objectifs. Il faut générer du buzz, du clic, du clash, du cash. Et tant pis si on balance une idée fausse, une fausse info ou une non-info. Du moment que le client clique.

On en arrive également à tellement de brouhaha, de dits et de démentis, de blabla et de mensonges que certains journalistes se spécialisent dans l'analyse de ce bruit, et d'autres dans l'établissement ou le rétablissement de la vérité (ou du moins ce qui s'en rapproche). Le journaliste comme juge de ce qui est vrai ou ce qui est faux? Imprimer dans les esprits que toute la vérité rien que la vérité sort des hauts-parleurs du poste de télé ou de radio? Il y a probablement de quoi réfléchir... Passons en revue les mots à l'origine de ces maux.

Buzz: le buzz est le produit de cette consommation de masse de l'information (au sens large) et de la tendance narcissique exacerbée par les réseaux sociaux. Si on veut émerger, on doit buzzer. Pour buzzer, on doit faire dans le lourd, le beauf, le gras, l'extra, le grand, le débile, la performance ou le pitoyable. Ca buzz quand on se prend en vidéo en train de rouler à 200 à l'heure sur l'autoroute les yeux bandés. Ca buzz quand ça insulte, que ça castagne ou que ça montre ses seins. Autant d'artifices pour booster le compteur de vues Youtube. Compteur qui devient un indicateur non pas de popularité mais de qualité, dans l'esprit de certains. Le buzz est par essence éphémère. Si on fait le buzz, ce sera pour quelques jours, pas plus. Alors autant que ça se sache. Le temps que les médias traditionnels s'empare du sujet (pour surfer sur la vague) et le soufflet retombe, forcément détrôné par une autre vidéo-qui-buzze. Le culte de l'éphémère, du superficiel, du délirant et du crétin. Il est rare qu'un buzz arrive sur une découverte en biologie moléculaire (sauf si ça touche au sexe, bien sur) ou une intervention de Ken Robinson. On avait les magazines télé qui décryptaient la télé, voilà maintenant les chroniques alimentées en buzz.

Polémique: dans le monde de l'information en continu, et plus généralement de la presse traditionnelle, le générateur de buzz semble être la polémique. Pas une seule journée sans sa polémique, souvent totalement artificielle. Et bien souvent en relation avec la politique. Car c'est là que le couple infernal presse d'info et politique donne naissance à sa créature : une déferlante ininterrompue de conneries en tout genre destinées uniquement à brasser du vent pour entretenir la machine. Les politiques doivent l'ouvrir pour avoir l'impression d'exister, et les chaines info doivent les faire parler pour alimenter leurs duplex et leurs directs sans intérêts. Et de l'autre coté du tuyau, le consommateur crédule pense qu'il est tout à fait normal de demander son avis en permanence à un député sur n'importe quel sujet (mais le plus superficiel et le plus polémique possible bien sur) et de s'indigner ensuite d'entendre autant de conneries sortir de la bouche d'autant de politiques. Le degré zéro du débat, de l’intérêt politique dans la cité, et du journalisme. Car l'impression générale est finalement que sans ce genre d'artifice il n'existerait rien... Or ce n'est souvent qu'un écran de fumée qui empêche de voir, de discuter, de s'informer sur des questions plus graves, plus profondes, plus impliquantes.

Clash: le clash, ou le tacle, est également un bon générateur de bruit. Il ne s'applique pas forcément aux politiques, mais à tout le monde ou presque. Là aussi sous-produit de la culture de l'information à outrance et de la commercialisation de son abondance, le clash est lancé, provoqué, sublimé et diffusé dès lors qu'une opinion est donnée et qu'une critique est rendue. "Untel tacle machin chez truc", "trucmuche et bidule : le clash en direct". On lit en permanence ce genre de titres attrape-clic. L’intérêt? Souvent nul, voire négatif. Si au moins il était possible d'en profiter pour discuter de fond, du problème, de son origine, ou même de vérifier si problème il y a. Mais non, la plupart du temps on se concentre sur la forme et on n'entre surtout pas dans l'analyse de fond. Autant d'énergie et de temps gâchés...

Vrai-faux: Alors parfois oui, après un "Untel tacle truc sur sa gestion du bidule", on peut avoir droit à une intervention journalistique du genre "vrai/faux" dont le but est d'établir qui de Untel ou de Truc à raison finalement. Rafraichissement en vue, pourrait-on se dire, puisqu'enfin on gratte un peu et on arrête de glousser sur la forme. L’intérêt est indéniable, si tant est qu'aujourd'hui l'exercice tend à se multiplier, et pas toujours sur la simple analyse de faits vérifiables, mais par l'intermédiaire d'opinions. Or la dérive est grande d'établir un rendez-vous "vérité" dans la presse (télé ou papier) et d'y faire passer ses idées. Car il y a des journalistes de droite, des journalistes de gauche, des journalistes pro et des journalistes anti. Et ce qui est alors la vérité pour l'un ne l'est plus pour l'autre. Comment s'y retrouver ensuite?

... A suivre ...