bandeau-manofsteel.jpg

/!\ Attention, ce billet contient des spoilers /!\

C'est très à la mode en ce moment. Il faut que ce soit le moins risqué possible. Il faut que le public connaisse par avance, mais par nostalgie ou par curiosité se rende tout de même dans les salles pour aller voir. Ainsi les "reboot" ou les remake de films fleurissent, cartonnent au box-office et engraissent des studios par ailleurs bien frileux à investir dans autre chose.

Man of Steel est le remake de Superman, le premier du nom, celui de Richard Donner sorti en 1978. Il y a 35 ans donc. Et on apprend que globalement ça va raconter l'histoire d'un gamin, Kal-El, dernier représentant de sa civilisation kryptonienne, envoyé sur Terre par ses parents avant la destruction complète de leur planète natal. Au final, je vais pas vous re-raconter l'histoire, probablement une des plus connues des comics. Le film de Richard Donner, avec Christopher Reeves, est un classique et un succès, et se base lui-même sur l'adaptation de la BD de Jerry Siegel. En dehors de ça on a eu droit à des séries télé (Lois & Clarck, Smallville), des dessins animés, un retour de Superman assez poussif (Superman returns)... Donc on connait bien. Qu'y avait-il de si intéressant pour en faire un remake?

La technologie, peut-être? Car on en prend plein les mirettes, c'est clair. La direction artistique s'est laché pour dépeindre une Krypton et des kryptoniens au bord du gouffre dans une lumière et des textures superbes. On en voit donc plus que dans le film original, et tout ça est évidemment mieux rendu.
Idem pour la célèbre tenue de Superman -qui porte toujours le S sur la poitrine, non pour signifier Superman mais comme le symbole de sa famille- revisitée à l'occasion. Le super-héros perd son slip rouge, du coup. Mais pas ses muscles, magnifiquement dessinés par la combinaison taillée juste. Les effets spéciaux, notamment lors des affrontements avec le General Zod, sont spectaculaires, voire même un peu trop hypertrophiés. Mais j'y reviendrai. On a donc là une mise à jour de la forme des plus alléchantes, qui peut justifier qu'on revienne, trois décennies après, sur une histoire ultra-connue.

Sur le fond, on ne note pas vraiment de nouveauté, si ce n'est une nouvelle dose de modernisation avec l'introduction des OGM (oui en fait Clark/Kal-El est pratiquement un OGM puisque ses cellules emportent avec elles le savoir et l'essence-même de la civilisation kryptonienne). Mais surtout dans la quasi-justification de la destruction de Krypton. En effet, les kryptoniens ont développé une technologie leur permettant de "cultiver" leur descendance, dès la conception, par sélection génétique puis par procréation "artificielle". Ainsi des dirigeants, des soldats, des généraux, des savants, des ouvriers sont préconçus et élevés comme tels. Plus personne ne nait naturellement. Un gros clin d'oeil au "Meilleur des Mondes" de Huxley. La planète se disloque, ses habitants se montent les uns contre les autres (le chef des armées, le Général Zod prend le pouvoir par la force). Il n'y a qu'un pas pour voir là un chatiment divin.
De l'ingénierie génétique il découle la psychologie assez belliqueuse du Général Zod, dont le patrimoine génétique de guerrier le force à protéger Krypton et ses intérêts, même par delà la destruction de sa planète et celle de la Terre et de ses habitants (surtout ses habitants si possible, pour que les kryptoniens puissent s'installer à leur place). On comprend donc que tous ses actes ne sont que les conséquences de son programme génétique, et seulement lui. Il ne peut raisonner autrement. D'autant plus que Clark/Kal-El, lui né d'une conception naturelle, la première depuis des siècles sur Krypton, n'est donc pas génétiquement programmé et qu'il échappe ainsi à sa destinée génétique.

Le film est grosso-modo pratiquement scindé en deux parties : une première partie, les deux premiers tiers disons, assez intéressante puisqu'on y découvre la jeunesse de Clark Kent, et sa relation avec son père sur Terre. Cette relation est bien dépeinte, avec de bons moments poignants où Jonathan Kent (Kevin Costner) essaie de préserver son fils adoptif, lui indiquant qu'il serait préférable de cacher ses pouvoirs aux autres autant qu'il le peut. C'est bien ce lien paternel qui est au centre de ce début du film. Un lien paternel qui évolue alors que Clark découvre une arche krypton sur Terre dans les glaces, et a accès à la mémoire de son père naturel, Jar-El (Russell Crowe), via son hologramme. Il découvre ainsi qui il est et pourquoi il est là. Toute cette partie, à elle seule, vaudrait le détour.

C'est dans la seconde partie, le dernier tiers, que ça se gâte. Déjà, on avait eu une petite idée lors d'une "altercation" entre Superman et l'équipe de repris de justice du Général Zod, à Smallville. L'étendue des dégats était assez démentielle, avec intervention de l'armée pour couronner le tout. Par la suite donc, cette bande de méchants très méchants menée par Zod s'en prend à nouveau à l'Homme d'acier mais cette fois-ci en plein Métropolis (alias New-York). On a droit là aussi à une débauche de destruction digne de Dragon Ball Z. Les kryptoniens profitant de leur présence sur Terre pour développer les mêmes super-pouvoirs que Clark, c'est à celui qui frappera le plus fort pour envoyer l'autre traverser les immeubles de part en part. A mains nues, on ne voit pas trop où ça peut bien mener. Cette séquence est trop longue finalement. Montrer que les forces en jeu sont immenses, OK, mais détruire la moitié de la ville à la baston, c'est juste épuisant. D'autant que vient par-dessus tout ça une jolie morale: alors que Zod veut montrer qu'il ne reculera devant rien pour faire de la place pour son peuple sur Terre, il s'en prend à une innocente famille dans le hall de Grand Central Station. Le papa, la maman et les deux beaux enfants sont terrifiés, terrorisés, ils vont se faire découper sous les yeux de Clark qui tente de contenir Zod (on vient de voir la moitié de Métropolis exploser sous les coups de ces deux-là, je le rappelle). Le dilemme est terrible: sauver ces innocents et tuer un des siens ou rester fidèle à Krypton? Il décide finalement, évidemment, de sauver la pauvre famille en faisant craquer la nuque du Général, qui s'écroule... Tout ça... pour ça? Franchement on est un peu déçu. Ok, forcément on est sur un blockbuster américain, il y a des passages obligés. Mais ça gâche tout. Tant pis.

Alors nous voilà avec un "reboot" entre sympa et "bof bof" mais qui laisse un gout bizarre dans la bouche. Aurions-nous pu nous en passer? Certainement. Aurons-nous des suites? Forcément! Cet opus est un gros succès avec un box office US qui frise les $290 millions (pour un budget de $225 millions tout de même), qui a passé les 2 millions d'entrées en France et qui va se vendre comme des p'tits pains en Blu-ray & DVD pour Noël... Une suite combinant Superman à Batman est d'ores et déjà prévue. Normal finalement quand on voit que c'est Christopher Nolan, le "rebooteur" à succès de Batman, qui produisait Man of Steel. Et c'est aussi ce qui déçoit un peu, quand on voit comment The Dark Knight (et Batman Begins dans une moindre mesure) a redéfinit la franchise Batman. Ou quand on se régale avec Inception. Ceci dit, on aurait pu se douter de quelque chose avec The Dark Knight Rises et sa baston interminable entre l'homme chauve-souris et Bane...

Bref, le film sort ces temps-ci en Blu-ray, DVD, VHS, compact-disc et Super8 probablement. De bonnes ventes en perspective, à parier. Et puis on passera à autre chose. Un autre remake peut-être, genre Robocop. Quoi? Robocop, un remake? Et oui ma bonne dame. Le film original de Paul Verhoeven est sorti en 1987, soit il y a 26 ans. Il est passé dans la catégorie "film de collection" alors? Déjà qu'il était film-culte. Une claque à l'époque. Son cynisme, sa violence, sa mise en scène, son thème, ses effets spéciaux (pour l'époque), Peter Weller, sa musique (de Basil Poledouris), tout ça faisait un sacré cocktail. Et bien non, nom de nom, voilà-t'y pas qu'arrive un remake? Bon, on verra bien. Entre ça et un film de super-héros, on a l'embarras du choix...