En novembre 2010, l'A380 immatriculé VH-OQA, alias le MSN014, décollait de l'aéroport de Singapour lorsque, quelques minutes plus tard, un des moteurs explosait et endommageait gravement plusieurs systèmes. L'avion était le premier livré à la compagnie australienne. Dans le cockpit, pas moins de 140 ans d'expérience de vol pour 5 pilotes. En effet, le commandant de bord subissait un contrôle de validation de ses compétences et son équipage (deux copilotes et lui-même) se voyait ainsi compléter par deux pilotes observateurs. Une sacrée équipe donc, et une belle démonstration de maîtrise technique et managériale. Ils ont réussi, malgré un nombre de pannes incroyable, à ramener l'avion et ses 469 passagers et membres d'équipage au sol sans encombres ou presque.

Le rapport final sur cet accident a été rendu public il y a quelques semaines par l'ATSB (Australian Transportation Safety Bureau, le BEA australien). On peut y lire la description des événements et des dégâts, l'appréciation de la maitrise de l'équipage, technique et commercial, face à cette situation de crise inédite, et l'analyse des causes de l'explosion du moteur 2. Particulièrement intéressant, et comme déjà soupçonné dans les rapports intermédiaires, c'est la rupture d'une canalisation d'huile au coeur du moteur, et le comportement aérodynamique non prévu de l'ensemble compresseur-turbine, qui est à l'origine de l'éclatement du disque de turbine. Les morceaux ont par chance évité le fuselage et la cabine, mais de nombreux fragments ont sectionné câbles et conduites dans la voilure et le ventre de l'appareil pour pratiquement ne laisser aucun système indemne. Dans les analyses statistiques des occurrences de pannes qui sont au coeur de la sureté de fonctionnement, et par voie de conséquence du design d'une telle machine, ce cas devait être impossible, ou presque.

Le rapport montre comment un "simple" mauvais usinage d'une pièce pas plus grande qu'un briquet aurait pu envoyer un A380 au tapis. Et comment, de par une incompréhension de lecture de plans entre les départements techniques au sein du motoriste Rolls-Royce, les inspections qualité sur ces pièces-là (parce qu'il y en a eu plusieurs mal fabriquées) n'ont pas réussi à détecter le problème. La séquence d'événements, à l'intérieur même du moteur, qui ont conduit à la rupture du disque est assez bien documentée et met le doigt sur ces failles.

Finalement, on se dit qu'ils ont vraiment eu chaud. Lisant en ce moment justement le livre écrit par Richard de Crespigny, le commandant de bord qui était aux manettes sur ce vol-là, on perçoit clairement ce que la maitrise du pilotage veut dire. Au moment où on déplore la perte de ces fondamentaux chez la génération actuelle de pilotes de ligne, sur-confiants dans les automatismes des Airbus et Boeing, lire le récit de ce commandant de bord fait du bien et devrait, si ce n'est au plus haut niveau dans les écoles de pilotage et les centres de formation de pilotes de ligne, faire réfléchir quant à l'utilité et le professionnalisme des hommes/femmes assis aux commandes de nos autobus volants.