Quelles images! L'aspect purement formel, esthétique, plastique du film est à coup sûr une grande réussite. Les effets sont à la hauteur, les images de l'arrivée sur la planète (qui on le notera n'est finalement pas la même planète que celle d'Alien, d'où quelques impressions d'incohérences qui n'en sont pas) sont superbes et empruntent d'ailleurs un peu à celle d'Avatar. Bon, on regrettera par contre peut-être un design un peu à cheval entre les années 80 et les années 2010: les couloirs, l'agencement du vaisseau Prometheus, le poste de pilotage font indubitablement penser au design d'Alien. Le design extérieur du vaisseau également. Les véhicules sont un peu en retrait et sans véritable surprise. On retrouve d'ailleurs le concept du véhicule tout terrain d'Aliens (le 2eme film de la saga, qu'on doit à James Cameron). Et à coté de ça on a droit à des affichages holographiques très "contemporains", des pods de stases plus modernes, tout comme les scaphandres... Mélange intéressant, probablement également dicté par le raccord au reste de la saga Alien donc. Mais certains éléments ne s'accordent justement pas si facilement (c'est toujours un peu délicat, c'est sûr, de raccorder un film réalisé avec les moyens dispo il y a 30 ans avec la technologie numérique, et l'attente des spectateurs d'aujourd'hui).

Les images donc sont superbes. On retrouve des éléments connus comme le "Space Jockey", ce personnage énigmatique d'Alien, géant et fossilisé dans l'énorme vaisseau que l'équipe de Sigourney Weaver (alias Ripley) trouve et explore. Prometheus s'est justement présenté comme le film qui apporte l'explication du pourquoi du comment autour du Space Jockey. On en vient donc à ce qui soutien l'idée de ce film: qui était le Space Jockey, ou plus généralement les êtres à l'origine de ce vaisseau gigantesque? La réponse est donc : ce sont nos créateurs. Venus sur Terre il y a bien bien longtemps, il nous ont abandonné et se présentent même désormais comme hostiles à l'humanité. Quoiqu'il en soit, la scène d'ouverture, énigmatique, est magnifique. Filmée apparemment en Islande, pour représenter une Terre originelle et vide, elle montre un de ces êtres à l'aspect humanoïde, appelés les "Ingénieurs", assistant au départ d'un vaisseau oblong en forme de galet, et qui semble ensuite se suicider par l’absorption d'une substance le désintégrant de l'intérieur. Un fragment d'ADN semble alors survivre puis plus rien. On retrouve ensuite le vaisseau Prometheus en approche d'une planète, avec à son bord un équipage endormi que réveille David, un androïde passionné par Laurence d'Arabie. Il use d'une sorte de connexion avec les rêves des humains en stase, ayant accès ainsi aux pensées intimes de certains.

La suite, l'histoire, part un peu en sucette. Il y a quelques aspects, quelques incohérences qui font taches alors qu'il y avait probablement une meilleure façon d'exploiter les quelques idées du scénario. Globalement je dirais que Scott ne prend pas le temps de développer son histoire. Tout semble aller trop vite. Les films d'hier étaient surement bien plus lents qu'aujourd'hui, l'histoire était peut-être plus simple, ou alors on laissait le temps au spectateur de s'en imprégner? Là, Scott va trop vite en besogne. On a bien un ou deux passages censés donner un peu plus de profondeur au couple de personnages principaux, mais ça reste presque caricatural. Caricatural comme les membres de cet équipage improbable dont apparemment on a rien dit de la mission avant le départ et qui découvre le but du voyage une fois arrivé. Il y a là un peu tous les clichés auxquels on est habitué. Un peu comme à l'époque d'Aliens de Cameron. Je m'attendais à mieux de ce coté-là. Bref, une fois le topo fait, en voiture! Débarquement, exploration, découverte, contamination, cramage, extraction, surprise, déception, abnégation, sacrifice, survie... tout ça s'enchaine certes sans temps mort, mais aussi sans émotion. C'est terrible parce que l'univers dépeint là me semblait largement bon, largement vaste pour faire une grande histoire. Mais non, on est déçu par le coté "je saute du coq à l’âne" sans prendre le temps de se poser la moindre question. Ainsi ne ressent-on rien lorsqu'un des perso principaux est exécuté au lance-flamme car contaminé. Pourtant on suit ce perso depuis le début du film. Mais non, hop, à peine refroidi que sa compagne est happée par autre chose et ne semble plus s'inquiéter de la situation.

Les incohérences sont, comme souvent dans les films hollywoodiens, présentes. Mais ici peut-être plus visibles qu'ailleurs. Comment ainsi imaginer qu'on puisse envoyer un groupe hétéroclite de scientifiques et/ou d'explorateurs, on l'a dit à la limite de la caricature, de l'autre coté de la galaxie, passant plus de 2 ans en sommeil, sans rien leur expliquer de la mission? Même si on paye cher, ou qu'on invente un prétexte bidon (comme dans 2001 l'Odysée de l'Espace), à un moment je pense qu'on aurait pu faire autrement. La scène où les deux archéologues expliquent leur découverte et leurs convictions quant aux "Ingénieurs" aurait été tout aussi efficace si placée avant le départ, sur Terre, devant un groupe dont seraient sortis des volontaires, non? Et plus crédible.

Ensuite, comment donc un groupe se disant scientifique peut, une fois au coeur même de la pyramide extraterrestre et alors qu'il est évident que l'atmosphère est modifiée, se laisser aller à passer outre le plus élémentaire code de protection contre les contaminations et ôter le casque de leurs scaphandre? Ne serait-ce que pour ne pas contaminer le lieu (et ne pas se faire contaminer par la même occasion). Qu'ils nous gratifient au moins d'un commentaire sur l'odeur du lieu, à y être! Quant aux protocoles de quarantaine, n'en parlons pas. De ce coté donc, peu crédible. Mais le summum c'est je crois quand même la capacité impressionnante de l'actrice principale (pas Charlize, l'autre) à sauter comme un cabri après une sorte de césarienne bien sentie. Bon, c'est vrai, elle a quelques agrafes, ok, mais quand même. Je crois que ce point a été relevé par pas mal de monde, et ça a eu la désagréable conséquence de me faire penser qu'on se foutait un tout petit peu de ma figure.

C'est triste à dire mais tout ça finalement peut amuser, ça fait tout de même passer un bon moment (on se surprend à être navré par certaines scènes alors que la minute d'avant on était scotché par un plan magistral). On a le sentiment d'un ensemble d’événements imbriqués trop rapidement, sans profondeur, alors qu'il y avait quand même beaucoup de matière. On ne peut s’arrêter pour réfléchir à une situation qu'on est déjà pris par une autre. C'est le cas par exemple, je l'ai déjà dit, avec le sacrifice par le feu d'un des héros, puis l'épisode de l'opération chirurgicale de l'autre, puis l'apparition de Wesland, puis son renoncement (un peu rapide je trouve, quand on pense que le gars à dépensé 1000 milliards de dollars, passé 2 ans en hibernation à la limite de la mort, et finalement rencontré un Ingénieur...). Les protagonistes sont en face d'une des plus grandes découvertes de tous les temps mais ne semblent pas vraiment réaliser.

Dommage. Ce sera le mot résumant cette expérience de retrouvailles de Ridley Scott. Dommage parce qu'on avait là le potentiel pour un très bon film (il est juste bon visuellement) et qu'il semble avoir été gâché par trop "d'hollywoodisme". Il parait que ce sera une trilogie, une nouvelle. Soit, laissons-nous donc le temps mettre cet épisode en perspective avec les suivants. Ce qui est inquiétant en revanche, c'est qu'il semble que le gars Scott se soit lancé dans un "Blade Runner 2". Si les mêmes recettes y sont appliquées, je crains d'être un peu déçu également...