Le temps n'est pas vraiment terrible, mais peu importe, le tout est qu'il soit volable. A l'approche de l'engin, de ses ailes hautes, de ses roues, de ses moteurs suspendus là-haut, le plaisir grandit. Il est l'heure d'embarquer. Avec une dizaine d'autres passager tout aussi enthousiaste, je prends place à bord, dans la cabine arrière. Les deux cabines avant et arrière sont bien équipées pour le vol de passager, avec sièges, gilets, carte d'instruction de sécurité. Un des membres de l'asso nous briefe. Il a presque l'age de son avion!

  


Déjà les moteurs se réveillent. Deux bons gros R1830 commencent leurs vocalises. Nous roulons dans l'herbe sèche vers le seuil de la piste 29. Le briefing de notre "steward", ponctué d'humour, se termine et celui-ci s'attache à son tour dans la partie arrière. Nous attendons avec impatience la suite... qui arrive rapidement. Le bruit monte alors que les moteurs sont poussés pour le décollage. Les chevaux sont lâchés et nous commençons à rouler, accélérons pour finalement rapidement quitter le sol. Il faut dire que le Cat décolle à relativement faible vitesse.

Nous entendons le son du train d'atterrissage qui s'escamote, les roues venant se loger dans les flancs du fuselage. L'équipage vérifie, via de petits hublots, que le train est rentré correctement. Quelques secondes après le décollage, le régime moteur est ramené à un niveau plus faible pour la montée. Le bruit se fait plus rond. Nous avons alors l'autorisation de nous libérer de nos sièges pour gagner l'arrière, la partie équipée des verrières, les "blisters".

  


Quelle vue!! Les larges bulles donnent à voir la totalité du panorama, la voilure, les moteurs, l'empennage... et le paysage de la campagne de Wanaka en dessous. Nous avons pris la direction du lac Wanaka, à notre droite le Lac Hawea. Derrière, le terrain théâtre du meeting de la journée s'éloigne. Devant, les montagnes environnantes, surmontées de nuages. Tout le monde photographie, filme. Immortaliser ce moment, parfois tant attendu. Profiter de la vue. S'imaginer là, en observation, au dessus du Pacifique ou de l'Afrique. Tant de sentiments, d'impressions, d'images, de sons dans la tête.

  


Nous sommes invités à regagner nos sièges car nous allons avoir droit à un toucher sur le Lac Wanaka. On entend effectivement le régime moteur descendre un peu. Par le long hublot latéral nous voyons le paysage remonter, les maisons de Wanaka, au bord de l'eau, défilent au loin. La surface du lac est de plus en plus visible. Le toucher est assez doux, le bruit de l'eau frappant la coque est plus fort, plus sec qu'imaginé. Ca vibre maintenant, alors que notre bateau volant se maintient en surface du lac. La poussée moteur est ajustée, puis nous redécollons.

De nouveau nous pouvons nous lever, en laissant la place à nos co-passagers de la cabine avant qui ont droit aussi de profiter de la vue depuis les blisters. Devant, nous aurons pour notre part droit à une vue du cockpit. Les deux pilotes, cheveux blancs, dirigent le Cat' dans un large virage à droite. 2300 tours/minute, 35 pouces à l'admission. L'instrumentation parait archaïque mais complète. La planche d'interrupteur sur la colonne de direction est impressionnante. Elle regroupe les principaux systèmes de commande moteur, hydraulique, etc... Les manettes de gaz et de pas d'hélice sont au plafond entre les pilotes. Ca n'a évidemment rien à voir avec un cockpit d'A320!



A tour de rôle nous pouvons observer la vue depuis le poste de pilotage, puis nous regagnons nos sièges car le retour est déjà amorcé. L'aérodrome est en vue, avec sa collection d'avions, et la plupart des spectateurs déjà à la sortie voire partis. Réduction des gaz, sortie du train, circuit main droite pour la 29. Nous survolons le lit de la rivière Clutha, légèrement en contrebas par rapport au plateau de Luggate, dans lequel disparaissent les warbirds pendant leur démo, en rase-mottes, pour ressortir d'un coup et surprendre ainsi le public. Le Cat' revient au sol doucement, sans vraiment de brutalité. Après la décélération, nous roulons vers notre parking dans l'herbe et la poussière.

Ce fut évidemment trop court! Mais quel plaisir! Un mélange de sensations visuelles avec ce paysage par delà les blisters, sonores avec le ronron des moteurs en étoile, olfactives avec ces odeurs de carburant, de vieux zinc, physique avec les turbulences dues au vent et à la faible altitude ou encore lors du posé sur l'eau... Tout ce qui fait un vol de rêve en fait! Rien d'étonnant à ce que tout le monde ait le sourire alors!