Ces derniers temps, je suis allé au ciné voir un excellent film, le dernier Pixar. On est proche du pléonasme avec "excellent film" et "Pixar", vous en conviendrez. Car "Là-haut", puisque c'est de lui qu'il s'agit, est un bien agréable film qui m'a fait rire ou sourire plus d'une fois! Toujours aussi bien foutu techniquement, et graphiquement, c'est un plaisir pour petits et grands...
Enfin, plaisir, ça dépend. Bon, là je prends cet exemple parce que c'est le plus récent, mais ça s'applique à d'autres films. Plaisir de voir un bon film donc, plaisir pour les enfants, c'est certain, mais pas forcément plaisir du porte-monnaie. Car au cinoche où je suis allé, la séance était en Numérique 3D. En relief, en fait, pour être précis. Et uniquement disponible en relief. Or pour profiter du relief, aujourd'hui, faut des lunettes spéciales. Ok, on nous les propose à la caisse, no problemo. C'est 2.50€, mais on peut les garder. Cool, et donc le prochain coup, c'est combien? C'est zéro? Béh non, c'est toujours un "surcout" de 2€ (au lieu de 2.50€). Ah ok... Donc la séance style à 8.20€ passe à 10.20€. Et là je parle banlieue de Toulouse. Sur Paris, c'est plutôt 9.50€ qui se transforment d'un coup en 11.50€. Pratiquement le prix d'un CD, et plus de la moitié du prix d'un DVD... Ah oui quand même.

Ok, on chausse les lunettes, et que voit-on? Ben un film en relief. Et pas mal rendu soit dit en passant. Bon, on se dit que niveau fluidité on a probablement perdu un peu (une impression?), comme au niveau couleurs, mais ça peut passer. Là le film est une animation en images de synthèse, donc l'obtention de l'effet de relief (à savoir la "capture" de deux images légèrement décalées destinées à être projetées l'une sur l'oeil gauche et l'autre sur l'oeil droit) est vraiment ultra simple, ça se fait en deux clics au niveau du rendu des images par les ordinateurs, pour aller vite. Ca prend juste un peu plus de temps de calcul. Le surcout n'est pas énorme par rapport à tout le travail artistique qu'il y a en amont de cette étape. On comprend alors que la tentation de proposer un "Là-Haut" ou un "Age de Glace 3" en relief est forte : pour peu d'effort supplémentaire, on peut proposer une "expérience" différente et unique au spectateur. Et ça peut marcher puisque c'est assez sympa, et le public visé (les enfants) adore.

Le problème, c'est qu'on voit poindre à l'horizon, depuis quelques mois maintenant, toute une palanquée de films "en relief". Quasiment tous les futurs films d'animation le seront, tout comme l'étendard de James Cameron, le très attendu "Avatar", ou très récemment le mortel (huhu) "Destination Finale 4". Là, coté technique, c'est un peu plus compliqué puisque pour ces films "live", il faut un système de caméra spécialement adapté à la prise de vue stéréoscopique. Et c'est pas donné. Donc c'est un investissement pour la prod. Dans un but précis qu'on devine facilement : proposer quelque chose d'unique et de contrôlable au cinéma. Lire ici : ramener les gens au cinoche, les sortir de leur canapé planté devant le Home Cinéma ou de leur lecteur DivX. Donc contrer par un nouveau moyen le piratage. Ok ok, si l'intention est louable, la manière laisse à désirer! Car comment ne pas prendre cette histoire des 2€ supplémentaires pour du racket. Car si toi pas vouloir payer pour la 3D, ben toi voir ailleurs si ton film y est, en 2D. C'était en tout cas le cas pour ma séance dernière.

La généralisation qu'on devine de la "3D" (du relief on devrait dire) n'est ici apparemment pas un choix artistique, mais totalement marketing. Le but recherché est d'appâter le chaland (c'est moche de racketter les enfants!) en lui proposant quelque chose uniquement visible au cinoche, le tout en lui faisant payer en plus. Si l'idée est de contrer le piratage, je finirais par croire que c'est l'effet inverse qui va se produire. Car bon, si "Là-Haut" m'a plu au final, c'est pas par son effet de relief, mais bien par son histoire et la façon de la raconter. En 3D ou en 2D, peu importe!

L'avancée technologique est là, soit. On a aujourd'hui la possibilité de voir quelque chose en relief dans une salle obscure, sans avoir mal au crane. Mais toujours avec un accessoire, ceci dit. De là à comparer ça au passage du N&B à la couleur, ou encore pire, du muet au parlant, faut peut-être pas pousser. Non, ce qui peut déranger là c'est vraiment encore cette odeur mercantile qui se dégage de cette tendance (de fond ou simple mode?). Alors que l'expérience proposée par ce biais au Futuroscope ou à l'IMax de la Cité de l'Espace par exemple est réellement scotchante car pensée dès le début pour ça, là pour de "simples" films de ciné, on pourrait surement s'en passer. Que les salles investissent pour lutter contre le piratage, pourquoi pas. Qu'on me le fasse payer, moi spectateur, parce que d'autre ne vont plus au ciné, c'est pas un peu le monde à l'envers?