Car derrière cette histoire d'amour impossible entre un robot tout rouillé, peureux, éboueur mais finalement très débrouillard, ayant développé des "lignes de code" artistiques et sensibles, et une robot d'un blanc nacré, ultramoderne, raffinée mais aussi au caractère bien trempé et au laser surpuissant, derrière cette histoire se présente une critique acerbe du consumérisme poussé à outrance, de la société occidentale, et en particulier américaine, basée sur le progrès technologique. Le sort de notre planète est ainsi attribué à la volonté capitaliste de profits démesurés d'une seule et même compagnie, la mégacorporation Buy'n Large (qu'on pourrait traduire par "Achetez et En Grand"). Pour aller jusqu'au bout des choses, on trouve sur le site de Buy'n Large justement un "disclaimer" particulièrement sympathique qui, même s'il force le trait, n'est malheureusement pas si éloigné de ce qu'on peut rencontrer de nos jours dans l'univers de la consommation et de la publicité qui nous entoure.

La recherche de profit de cette corporation, omniprésente, s'associe rapidement à une sur-consommation entrainant elle-même une pollution et une quantité de déchets tels que la Terre devient une gigantesque poubelle impropre à la vie. C'est, avec ce qu'on peut voir aujourd'hui "dans la vraie vie", ce qui nous pend au nez. Et les hommes dépeints dans le vaisseau spatial du film, des masses informes et obèses, n'ont pour unique occupation la discussion par écran interposé, la consommation de la dernière recette de fast-food, et la flânerie dans un coin ou un autre de l'énorme vaisseau piloté, nettoyé, entretenu et gardé par des robots. Là encore le trait est forcé, mais avec une population comptant le plus d'obèses de la planète (et une enquête révélant que plus de 25% des adultes l'étaient, et que d'ici 2030, ce chiffre pourrait être catastrophique avec la quasi-totalité de la population en situation de surpoids), les Etats-Unis et leur mode de vie est montré du doigt. Le simple fait que toute activité implique l'utilisation de la voiture apporte déjà son lot de "complications" pondérales, mais aussi écologiques...

Ce qui est rassurant, quelque part, c'est que ce portrait au vitriole, porté par un film tout bonnement magnifique, vient directement de l'intérieur de la société américaine. En cela Pixar, en plus d'être une des meilleures sociétés de films d'animation au monde, quelque chose dont au moins les US peuvent être fiers, se fait probablement le porte-parole d'une nouvelle société qui prend conscience des désastres à venir. Le pétrole cher, la crise des loyers, le ralentissement économique, les catastrophes naturelles et le réchauffement climatique, tout cela va dans ce sens également et frappe l'Amérique de plein fouet. Les messages écologiques, tels que sur l'utilisation de l'air conditionné en voiture, ou d'ampoule à basse consommation, s'entendent maintenant sur les chaines de télé US, alors que dans le même temps le gouvernement Bush néglige le Protocole de Kyoto. Evidemment le maître dollar est certainement le plus fort, celui qui dicte l'orientation du mode de vie américain. Un pétrole cher, ce n'est finalement pas si mal s'il a pu faire ouvrir les yeux de certains...

Bref, on n'a tout de même pas non plus besoin de se poser toutes ces questions pour profiter pleinement de ce petit bijou de narration (pas un seul dialogue dans les 30 ou 40 premières minutes du film, tout passe dans le "jeu" de WALL-E et d'EVE), d'animation, de technique 3D, de drolerie qu'est WALL-E! Encore une pépite dans la maintenant longue collection des Studios Pixar, après Toy Story, Némo, Cars, Les Indestructibles, Ratatouille, Monstres & Co, etc...