Le PhotoBlog de Stéphane Beilliard

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novembre 2013

Man of Steel


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/!\ Attention, ce billet contient des spoilers /!\

C'est très à la mode en ce moment. Il faut que ce soit le moins risqué possible. Il faut que le public connaisse par avance, mais par nostalgie ou par curiosité se rende tout de même dans les salles pour aller voir. Ainsi les "reboot" ou les remake de films fleurissent, cartonnent au box-office et engraissent des studios par ailleurs bien frileux à investir dans autre chose.

Man of Steel est le remake de Superman, le premier du nom, celui de Richard Donner sorti en 1978. Il y a 35 ans donc. Et on apprend que globalement ça va raconter l'histoire d'un gamin, Kal-El, dernier représentant de sa civilisation kryptonienne, envoyé sur Terre par ses parents avant la destruction complète de leur planète natal. Au final, je vais pas vous re-raconter l'histoire, probablement une des plus connues des comics. Le film de Richard Donner, avec Christopher Reeves, est un classique et un succès, et se base lui-même sur l'adaptation de la BD de Jerry Siegel. En dehors de ça on a eu droit à des séries télé (Lois & Clarck, Smallville), des dessins animés, un retour de Superman assez poussif (Superman returns)... Donc on connait bien. Qu'y avait-il de si intéressant pour en faire un remake?

La technologie, peut-être? Car on en prend plein les mirettes, c'est clair. La direction artistique s'est laché pour dépeindre une Krypton et des kryptoniens au bord du gouffre dans une lumière et des textures superbes. On en voit donc plus que dans le film original, et tout ça est évidemment mieux rendu.
Idem pour la célèbre tenue de Superman -qui porte toujours le S sur la poitrine, non pour signifier Superman mais comme le symbole de sa famille- revisitée à l'occasion. Le super-héros perd son slip rouge, du coup. Mais pas ses muscles, magnifiquement dessinés par la combinaison taillée juste. Les effets spéciaux, notamment lors des affrontements avec le General Zod, sont spectaculaires, voire même un peu trop hypertrophiés. Mais j'y reviendrai. On a donc là une mise à jour de la forme des plus alléchantes, qui peut justifier qu'on revienne, trois décennies après, sur une histoire ultra-connue.

Sur le fond, on ne note pas vraiment de nouveauté, si ce n'est une nouvelle dose de modernisation avec l'introduction des OGM (oui en fait Clark/Kal-El est pratiquement un OGM puisque ses cellules emportent avec elles le savoir et l'essence-même de la civilisation kryptonienne). Mais surtout dans la quasi-justification de la destruction de Krypton. En effet, les kryptoniens ont développé une technologie leur permettant de "cultiver" leur descendance, dès la conception, par sélection génétique puis par procréation "artificielle". Ainsi des dirigeants, des soldats, des généraux, des savants, des ouvriers sont préconçus et élevés comme tels. Plus personne ne nait naturellement. Un gros clin d'oeil au "Meilleur des Mondes" de Huxley. La planète se disloque, ses habitants se montent les uns contre les autres (le chef des armées, le Général Zod prend le pouvoir par la force). Il n'y a qu'un pas pour voir là un chatiment divin.
De l'ingénierie génétique il découle la psychologie assez belliqueuse du Général Zod, dont le patrimoine génétique de guerrier le force à protéger Krypton et ses intérêts, même par delà la destruction de sa planète et celle de la Terre et de ses habitants (surtout ses habitants si possible, pour que les kryptoniens puissent s'installer à leur place). On comprend donc que tous ses actes ne sont que les conséquences de son programme génétique, et seulement lui. Il ne peut raisonner autrement. D'autant plus que Clark/Kal-El, lui né d'une conception naturelle, la première depuis des siècles sur Krypton, n'est donc pas génétiquement programmé et qu'il échappe ainsi à sa destinée génétique.

Le film est grosso-modo pratiquement scindé en deux parties : une première partie, les deux premiers tiers disons, assez intéressante puisqu'on y découvre la jeunesse de Clark Kent, et sa relation avec son père sur Terre. Cette relation est bien dépeinte, avec de bons moments poignants où Jonathan Kent (Kevin Costner) essaie de préserver son fils adoptif, lui indiquant qu'il serait préférable de cacher ses pouvoirs aux autres autant qu'il le peut. C'est bien ce lien paternel qui est au centre de ce début du film. Un lien paternel qui évolue alors que Clark découvre une arche krypton sur Terre dans les glaces, et a accès à la mémoire de son père naturel, Jar-El (Russell Crowe), via son hologramme. Il découvre ainsi qui il est et pourquoi il est là. Toute cette partie, à elle seule, vaudrait le détour.

C'est dans la seconde partie, le dernier tiers, que ça se gâte. Déjà, on avait eu une petite idée lors d'une "altercation" entre Superman et l'équipe de repris de justice du Général Zod, à Smallville. L'étendue des dégats était assez démentielle, avec intervention de l'armée pour couronner le tout. Par la suite donc, cette bande de méchants très méchants menée par Zod s'en prend à nouveau à l'Homme d'acier mais cette fois-ci en plein Métropolis (alias New-York). On a droit là aussi à une débauche de destruction digne de Dragon Ball Z. Les kryptoniens profitant de leur présence sur Terre pour développer les mêmes super-pouvoirs que Clark, c'est à celui qui frappera le plus fort pour envoyer l'autre traverser les immeubles de part en part. A mains nues, on ne voit pas trop où ça peut bien mener. Cette séquence est trop longue finalement. Montrer que les forces en jeu sont immenses, OK, mais détruire la moitié de la ville à la baston, c'est juste épuisant. D'autant que vient par-dessus tout ça une jolie morale: alors que Zod veut montrer qu'il ne reculera devant rien pour faire de la place pour son peuple sur Terre, il s'en prend à une innocente famille dans le hall de Grand Central Station. Le papa, la maman et les deux beaux enfants sont terrifiés, terrorisés, ils vont se faire découper sous les yeux de Clark qui tente de contenir Zod (on vient de voir la moitié de Métropolis exploser sous les coups de ces deux-là, je le rappelle). Le dilemme est terrible: sauver ces innocents et tuer un des siens ou rester fidèle à Krypton? Il décide finalement, évidemment, de sauver la pauvre famille en faisant craquer la nuque du Général, qui s'écroule... Tout ça... pour ça? Franchement on est un peu déçu. Ok, forcément on est sur un blockbuster américain, il y a des passages obligés. Mais ça gâche tout. Tant pis.

Alors nous voilà avec un "reboot" entre sympa et "bof bof" mais qui laisse un gout bizarre dans la bouche. Aurions-nous pu nous en passer? Certainement. Aurons-nous des suites? Forcément! Cet opus est un gros succès avec un box office US qui frise les $290 millions (pour un budget de $225 millions tout de même), qui a passé les 2 millions d'entrées en France et qui va se vendre comme des p'tits pains en Blu-ray & DVD pour Noël... Une suite combinant Superman à Batman est d'ores et déjà prévue. Normal finalement quand on voit que c'est Christopher Nolan, le "rebooteur" à succès de Batman, qui produisait Man of Steel. Et c'est aussi ce qui déçoit un peu, quand on voit comment The Dark Knight (et Batman Begins dans une moindre mesure) a redéfinit la franchise Batman. Ou quand on se régale avec Inception. Ceci dit, on aurait pu se douter de quelque chose avec The Dark Knight Rises et sa baston interminable entre l'homme chauve-souris et Bane...

Bref, le film sort ces temps-ci en Blu-ray, DVD, VHS, compact-disc et Super8 probablement. De bonnes ventes en perspective, à parier. Et puis on passera à autre chose. Un autre remake peut-être, genre Robocop. Quoi? Robocop, un remake? Et oui ma bonne dame. Le film original de Paul Verhoeven est sorti en 1987, soit il y a 26 ans. Il est passé dans la catégorie "film de collection" alors? Déjà qu'il était film-culte. Une claque à l'époque. Son cynisme, sa violence, sa mise en scène, son thème, ses effets spéciaux (pour l'époque), Peter Weller, sa musique (de Basil Poledouris), tout ça faisait un sacré cocktail. Et bien non, nom de nom, voilà-t'y pas qu'arrive un remake? Bon, on verra bien. Entre ça et un film de super-héros, on a l'embarras du choix...

Gravity

GRAVITY

Plan large. Une portion de la Terre, avec ses rubans de nuages, ses océans bleutés et ses terres, est vue depuis une orbite basse. Un léger bruit grave est audible. Quelques étoiles sont visibles sur le noir du ciel, sur le bord droit. Lentement, le paysage défile sous nos yeux. Des échanges radios se font à présent entendre. Une des étoiles semble bouger. Et grossir. Ce n'est pas une étoile, c'est un vaisseau. Les messages radios sont de plus en plus compréhensibles. Ce sont les échanges entre le Contrôle de Mission au sol à Houston et la Navette Spatiale qu'on devine maintenant contre le fond noir. La Navette grossit rapidement dans le cadre pour s'inscrire sur le paysage terrestre en contrebas. Le point de vue s'approche encore, tournoie autour de l'orbiteur pour atteindre la soute qui contient le télescope spatial Hubble, installé sur un support d'arrimage. La spécialiste de mission Ryan Stone, installée au bout du bras robotique de la Navette, s'affaire sur une des baies électroniques du télescope pendant que virevolte autour de l'ensemble le Commandant Matt Kowalski. Celui-ci teste un dispositif de déplacement autonome, une sorte de jetpack, accroché dans son dos. Il n'est ainsi pas relié physiquement à la Navette. La caméra se promène, flotte maintenant autour des deux astronautes, offrant des cadrages parfois au plus près d'eux. L'activité radios est intense, mais calme et relativement bon-enfant, avec un Commandant Kowalski, dont c'est l'ultime mission avant la retraite, assez prompt à raconter des histoires. On sent Stone, scientifique rookie de l'espace, plus concentrée à la fois sur sa tache et sur son mal de l'espace.

Changement d'ambiance. le Contrôle à Houston informe les astronautes que des débris de satellites ont été repérés en interception de leur orbite. Ils doivent cesser leurs activités, regagner l'intérieur de la Navette pour ceux qui sont dehors, et préparer une rentrée d'urgence. La caméra suit alors Kowalski qui quitte un instant Stone pour s'occuper, dans la soute, à libérer Hubble de son arrimage avec la Navette. La tension devient palpable. Le rythme s'accélère. Houston ne répond plus. Les astronautes doivent faire au plus vite maintenant. Soudain, des morceaux brillants traversent le champ de vision, en silence mais à une vitesse démesurée. Les débris sont là. Partout. Et certains viennent percuter de plein fouet la Navette qui tournoie dès lors dans tous les sens. Des débris s'éparpillent partout. Encore attachée à l'extrémité du bras robotique de l'orbiteur, Stone hurle, prise dans la rotation folle de la navette malmenée. Puis un nouveau choc sectionne, en un éclair, ce bras qui tournoie à son tour, lancé dans l'espace comme une pierre par une fronde. Le Commandant Kowalski a pris la mesure de l'urgence et tente de garder un visuel sur Stone au bout du lambeau de bras qui l'entraine. Elle doit se détacher. Ce qu'elle arrive à faire enfin. Mais la voilà alors elle aussi libérée dans l'espace, sans attache, sans rien à quoi se raccrocher, sans moyen de stopper sa propre rotation ni son mouvement. Elle s'éloigne. Seule dans l'immensité noire du ciel. Le plan s’élargit. La vue de la Terre à disparue, elle est derrière nous. Il n'y a plus que le noir et le vide. Stone est paniquée. Personne ne répond à ses appels radio. Elle tourne sans cesse. Elle est vraiment seule.

Voilà. Tout cela c'est le début de Gravity. Un générique limité à sa plus simple expression, une immersion directe dans l'Espace. Et une plan-séquence de quasiment un quart d'heure qui joue avec virtuosité avec les distances, les cadrages, les références. La caméra du réalisateur mexican Alfonso Cuaron nous plonge dans la peau d'un astronaute, flotte, se déplace, tourne avec une fluidité et une précision offrant les sensations visuelles d'une virée en apesanteur. La suite raconte la course à la survie de Kowalski et Stone, livrés à eux-mêmes après la destruction partielle de la Navette. Les séquences calmes, presque sereines, alternes avec des morceaux de bravoure, des combats épiques contre l'apesanteur et la mécanique dans l'espace. Car là haut, en l'absence de frottement avec l'air, tout objet en mouvement poursuit son mouvement immuablement tant qu'il n'est pas perturbé (par un choc, ou la mise en route d'un moteur ou autre...). Un homme, sans attache à un vaisseau, dans l'espace et sans jetpack par exemple, est incapable de modifier sa trajectoire. Il pourra toujours nager, se secouer, crier, rien n'y fera. C'est cette impuissance, cette réalité froide qui donne une grande partie de la tension que provoque le visionnage de ce film. Le stress monte, on partage, ou du moins on comprends la peur, le désespoir de Stone livrée à la dérive perpétuelle dans l'immensité de l'Espace. On retient sa respiration, comme elle lors d'un plan magistral nous emmenant en une seule prise jusqu'à l'intérieur de son casque où l'oxygène se fait de plus en plus rare.

Visuellement très ambitieux et maîtrisé, le film regorge de détails. Dans les stations, les véhicules. Pendant les séquences de destruction, des événements d'arrière-plan sont parfois aussi importants que ce qui se passe devant. Et le format IMAX 3D donne sa pleine dimension du spectacle. On est au coeur de l'image, de l'action. On se surprends à cligner des yeux instinctivement lors de passage de débris (en 3D donc). L'image est claire et nette, puisant sa puissance de la lumière des deux projecteurs synchronisés. Les vues de la Terre sont magnifiques, avec ses levers de Soleil ou de Lune. C'est clairement une volonté de retranscrire le sentiment que peuvent ressentir les astronautes là-haut, à la vue de notre planète. Le son n'est pas en reste puisque c'est un des éléments marquants et très maitrisé aussi du film. Tout ce qu'on entend retranscrit la réalité, à savoir qu'il n'y a pas de son dans l'espace (car pas d'air par exemple) mais qu'on peut "ressentir" les sons à travers la combinaison spatiale ou la structure de la station. La bande originale est adéquate car canalise efficacement la tension, le stress des moments d'actions, et peut se faire très mélancolique quand le désespoir l'emporte. Une très bonne note donc à Steven Price, qui a notamment travaillé avec Howard Shore ou encore sur Batman Begins.

Attention ce qui suit aborde des aspects de l'histoire et de l'intrigue, ne lisez pas ce paragraphe si vous ne désirez pas ruiner votre découverte du film (spoiler). Au-delà de l'aspect spectacle visuel et sonore, le film à mon avis est une véritable allégorie de la vie et de la renaissance, et du lien avec nos racines, notre planète, ainsi que notre fascination pour l'Espace. Ca parait parfois même évident. Il y a un plan assez explicite, quand Stone regagne le sas de l'ISS et quitte sa combinaison, après un long moment de tension. Se relâchant et reprenant ses esprits, on la voit flotter et prendre une position quasi-foetale sur fond d'écoutille circulaire. Position de yoga pour se recentrer et se ressourcer, en pleine régression foetale? Egalement, on peut voir peut-être toute la fin comme une métaphore de la naissance. Le coté inéluctable de la chute vers la Terre, avec Tiangong et le Shenzhou qui foncent dans les hautes couches de l'atmosphère, peuvent résonner comme le début du travail de la mère lors d'un accouchement. Stone, dans sa petite capsule, ressent la chaleur, les vibrations, les sons de cette descente. Puis la chute dans le lac, le coté étouffant de l'eau qui pénètre le Shenzhou, l'arrivée de la vie, le passage d'un environnement à un autre. On doit quitter la capsule, retenir sa respiration pour émerger... Un peu similaire à l'expulsion, le passage du bébé dans le bassin de sa mère, le passage de la vie dans l'utérus à la vie dans l'air, de la première respiration. Puis enfin la Terre ferme, les racines, l'eau. Et ce plan, toujours un plan-séquence, où par une ultime démonstration de sa volonté de (re)vivre, Stone se dresse sur ses jambes tremblantes (par le séjour en apesanteur) puis titube, fait quelques pas à la manière d'un nouveau-né... Comment ne pas voir là le début de sa nouvelle vie? Précédemment anéantie par la perte de sa fille quelques années plus tôt, ne (sur)vivant finalement que comme un zombie, roulant en voiture pour ne pas penser, elle vient de renaître. Aidée par un Kowalski-messager, dont l'âme vient la visiter aux portes de la mort, elle s'est libérée de son fardeau, et décide de vivre. Le ciel redevient alors bleu, le paysage est un paysage primitif, presque originel, intact. Une sacrée histoire à raconter, une revanche sur la mort, ou plutôt une mort qui est apprivoisée, reconnue pour ce qu'elle est. C'est peut-être tiré par les cheveux, mais c'est ce qu'on peut ressentir selon moi, par delà l'enchainement en apparence simpliste des séquences.

Alors bien sûr on peut discerner quelques erreurs, quelques arrangements avec la réalité purement scientifique. Comment expliquer ainsi que Hubble, la Navette Spatiale, ISS et Tiangong, soit les plus volumineux engins en orbite, se retrouvent sur la même orbite, à quelques encablures l'un de l'autre alors que le ciel est si vaste? Comment comprendre qu'en quelques sauts de puce on puisse passer de l'un à l'autre? Comment peut-on passer plusieurs heures en sortie extra-véhiculaire simplement en sous-vêtements dans son scaphandre, alors qu'il faut normalement de longues minutes, et de l'aide, pour enfiler ou retirer tout ça? Ce sont de petits arrangements, on l'a dit, finalement peu significatifs (après tout, sans ça, le film serait fini au bout de 15min...) qui ne doivent pas obscurcir le visionnage de 1h30 d'apesanteur. Et on le lui pardonnera en remarquant que son succès critique et public est une bouffée d'oxygène dans un paysage cinématographique un peu terme surpeuplé de remakes, de reboots, de suites et de spin-off! Une oeuvre originale et palpitante, écrite par son réalisateur, diffusée mondialement et dans les meilleures conditions possibles, sur un sujet qui n'est pas porteur comme une guerre ou des robots géants... ça se salue!